L’école du spectateur : J’ai rencontré Dieu sur Facebook, d’Ahmed Madani.

lundi 3 juin 2019
par  B. RAMBAUX-MARKOV
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Dans le cadre de leur PACTE Théâtre, les élèves de 3eA se sont rendus à la Ferme de Bel Ebat-Théâtre de Guyancourt le 8 novembre 2018, afin d’assister à la création d’une pièce écrite et mise en scène par Ahmed Madani, J’ai rencontré Dieu sur Facebook, interprétée par Mounira Barbouch, Louise Legendre et Valentin Madani. A l’issue de cette représentation, les élèves ont eu la possibilité de s’entretenir avec l’équipe artistique, qui a répondu à leurs questions avec beaucoup de disponibilité et de gentillesse.

Nous partageons ici, avec vous, les réactions, les analyses et les émotions que ce spectacle a fait naître…

De quoi la pièce parle-t-elle ?

Cette pièce essaie principalement de nous faire réfléchir à la facilité avec laquelle on peut manipuler des personnes naïves ou fragiles sur les réseaux sociaux. Il s’agit de l’histoire de Nina, quinze ans, qui vit seule avec sa mère car ses parents ont divorcé. Elle a perdu sa grand-mère ainsi que sa meilleure amie, Kim. Elle n’arrive plus à communiquer avec sa mère et se sent seule… Elle commence donc à parler sur Facebook puis sur Skype avec un jeune et beau garçon, Amar : est-il un prince ou un démon ? Telle est la question… (Mohamed A., Lydia B., Inès B., Binta D., Alice G., Yasmine K., Ricardo N.)

Le décor, les jeux de lumière et de sons

Sur scène, le décor est fait pour qu’on ait l’impression d’être dans un appartement : au centre, un fond neutre (qui permet de projeter le visage d’Amar sur Skype) ; de part et d’autre, des portes et des cloisons ajourées, comme des stores vénitiens, qui laissent passer la « lumière du jour ». Ce décor est très polyvalent, si bien que les comédiennes n’ont pas besoin d’ajouter ou d’enlever des objets, mais seulement parfois de déplacer une chaise et une table pour jouer une autre scène.

Lorsque Nina discute sur son écran, le reste du plateau est plongé dans l’obscurité, afin qu’on ne voie que le visage de la jeune fille et qu’on soit captivé par ses émotions. Quand la mère de Nina fait des cauchemars, des lumières chaudes, rougeoyantes, sont centrées sur elle, et on voit des jeux d’ombres chinoises derrière elle, pour rendre la scène la scène effrayante, à l’image de ses cauchemars. Les jeux de lumière à travers les stores permettent aussi de créer des éclairages à valeur symbolique : les lumières obliques, à travers les stores, dessinent ainsi une sorte de cage sur Nina quand elle parle avec Amar, pour montrer son enfermement. (Ashley A., Clément A., Guillaume C., Alice G., Nicolas P., Nathan Z.)

Les sons, quant à eux, permettent de faire exister un personnage sans qu’il apparaisse, tout en soulignant son absence : lorsque Nina et sa mère appellent leur père/mari, elles tombent sur sa messagerie ; on a la voix du père, mais jamais son visage, ni même son ombre. Même chose pour Kim, passionnée d’équitation : on entend seulement des sabots de cheval quand il est question d’elle. Les sons nous aident aussi à entrer dans l’histoire, avec par exemple l’appel au martyre avant l’entrée du fameux Amar, et rythment également l’action : après une scène très dure, on voit la mère et la fille danser joyeusement sur Diarabi de Kaaris... avant de revenir à un dialogue très intense. Les bruitages donnent la possibilité de jouer des scènes sans accessoires : quand les comédiennes préparent un fondant au chocolat, elles le font sans saladier ni œufs, ni chocolat, mais avec des gestes associés à des bruitages réalistes : ceux de la porte du frigo, de la cuillère contre le verre du saladier... Le travail sur le son permet aussi de préserver les plus sensibles : lorsque Nina regarde la vidéo du massacre, nous entendons juste le son, sans voir les images.
(Lydia B., Guillaume C., Ihcène K., Ricardo N., Nathan Z.)

Les stratégies de manipulation de Jordan/Amar

Les stratégies de manipulation d’Amar sont fines car il procède en plusieurs étapes et joue sur plusieurs tableaux : il contacte Nina parce qu’elle a partagé sur Facebook une vidéo sur les massacres d’enfants en Syrie, profite de sa pitié, de son innocence, et la met en confiance avant de la culpabiliser (parce qu’elle ne lutte pas contre les massacres), puis de lui proposer une « solution » : partir avec lui en Syrie.
Il joue sur le fait que Nina se sente perdue, utilise des formules religieuses réelles comme caution morale à ses discours, la fait rêver en lui faisant croire qu’il va lui offrir une vie de princesse et lui fait du chantage affectif une fois qu’elle est amoureuse, en refusant par exemple de continuer à la voir sur Skype si elle n’est pas voilée, tout en lui donnant des surnoms affectueux comme « ma gazelle » ou « ma princesse » et en lui faisant croire qu’il l’aime... Nina, elle, est tellement amoureuse qu’elle fait tout ce qu’il lui demande, parce qu’elle ne s’est jamais sentie autant aimée. (Clément A., Mohamed A. Guillaume C., Manke D., Mohamed El C., Alexandre M. et Nathan Z.)

J’ai été impressionné par les stratégies de manipulation d’Amar, qui s’appelle en fait Jordan, qui est déguisé en djihadiste, avec derrière lui le drapeau de l’Etat islamique, alors qu’il vit à Bondy, qu’il travaille chez Décathlon et qu’il y a le drapeau de Manchester United sous celui du drapeau islamique, qui se décroche à la fin. (Antony K.)

Gravité et humour

Ce spectacle a ému la plupart des gens, mais pas moi, parce que je trouve plutôt décevant qu’après toutes les alertes qu’il y a eu dans le monde à propos d’internet et des mineurs, il y ait encore des gens qui ne se méfient pas. (Inès B.)

Dans ce spectacle, on voit que la mère de Nina ne s’aperçoit pas tout de suite du problème. Elle ne se doute de rien quand Nina veut arrêter le violon, elle commence à se rendre compte de quelque chose quand Nina veut changer de nom, mais elle ne prend vraiment conscience des choses que la veille du départ de Nina, en entendant la sonnerie de Skype alors que sa fille prend une douche, en consultant l’écran et en découvrant la vérité…
Et on découvre à la fin qu’Amar/Jordan lui-même a été radicalisé par les Véridiques, les « amis » qui l’ont aidé quand il a perdu sa famille. (Mohamed A., Adrien C., Alice G., Ewen C.)

A la fin de la pièce, il y a des éléments comiques, qui donnent un côté unique à cette pièce. C’est ce qui fait la différence avec les autres pièces de théâtre, et c’est pour cela que je l’ai beaucoup appréciée ! (Guillaume C.)


Portfolio

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